ZNT, charges, nuisibles et PCAE :des demandes entendues

Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture, a suppléé au pied levé en fin de semaine dernière la préfète Muriel Nguyen, pour recevoir les représentants de FDSEA et JA qui avaient sollicité une audience pour traiter des sujets d’actualité. Le premier sujet fut celui des zones de non-traitement (ZNT), au lendemain du retour à bon port des manifestants de la Somme après leur mésaventure parisienne. Marie-Françoise Lepers, qui a vécu cet épisode honteux, a ainsi pu redire la disproportion des mesures policières au regard du comportement des agriculteurs. Mais le sujet a davantage porté sur le fond, et les propositions d’amendements par la FDSEA de la charte approuvée en juillet 2019. Des propositions de rédactions ont ainsi été portées sur les zones accueillant des travailleurs permanents, l’information des riverains, les distances, la réciprocité et l’indemnisation (cf. édition de la semaine dernière).

Des ZNT à compenser

Alors que les textes réécrits par le gouvernement n’étaient pas encore connus, l’administration départementale faisait référence aux futurs éco régimes pour le volet d’indemnisation des ZNT (une position que rejette la profession). «Nous n’avons rien contre les ZNT, mais qu’elles soient indemnisées au bon niveau et hors Pac. C’est trop facile de prendre des décisions qui ont des coûts et des moins-values, et de ne pas en assumer la conséquence», a fustigé Denis Bully. Et le président de la FDSEA d’embrayer sur la hausse des charges et la répercussion des Egalim : «Les Egalim sont censés permettre aux producteurs d’être justement rémunérés de leur travail. Si les ZNT en font partie, qu’elles soient rémunérées. Ou à l’inverse, si nos productions sont justement rémunérées, supporter une ZNT ne sera pas un sujet difficile.»

Les charges, une situation explosive

Et de poursuivre : «une action syndicale sur les ZNT était dictée par le pas de temps des six mois laissés par le Conseil d’État, mais le sujet le plus important est bien celui des négociations commerciales, notamment en productions animales, mais aussi en productions industrielles», a rappelé Denis Bully. Un point appuyé et développé par Arnaud Chombart sur les segments de la pomme de terre :«Les annonces d’augmentation des prix par les différents groupes industriels ne correspondent en rien à une répercussion des coûts de production, mais à un pur effet de marché, avec des volumes de production à augmenter. Il faut aussi accompagner les charges qui explosent, tout en étant capable de se corriger quand elles seront davantage supportables. Les discours actuels ne reposent que sur les marchés, et il arrivera un moment où les marchés ne seront plus tirants. On fera quoi alors ? Baisser les prix alors que les charges seront encore là ?».Quoi qu’il en soit, les représentants ont signifié leur forte attente sur ce sujet, et une grande vigilance sur les négociations commerciales en cours qui, en cas d’échec «se régleraient dans le rapport de force».

PCAE : trop de dossiers en souffrance

Guillaume Clop, président des JA, a mis l’accent sur les dossiers PCAE non honorés, et notamment ceux qui accompagnaient une installation de jeune agriculteur. En effet, phénomène inédit, le nombre de dossiers recalés de PCAE a été significatif. Si l’admi-nistration locale renvoie un peu le sujet à l’autorité de gestion, le Conseil Régional, elle lance à la demande de la profession un re-pérage de la criticité des dossiers non retenus (montants, impact sur la réalisation ou non du dossier, projets mis en péril,…). Un sujet sur lequel la profession est en forte attente : «L’urgence n’est pas à la recherche des responsabilités, mais à la mobilisation de tous pour rattraper ce qui peut encore l’être», a ajouté Denis Bully.

Faune sauvage

Enfin, les représentants agricoles ont mis en exergue la question de la régulation de la faune sauvage. «Les dégâts aux cultures deviennent insupportables, et on voit par endroits des populations hors de contrôle» a déploré Denis Bully. «Et ces animaux sont à présents de vraies menaces de sécurité publique. Les accidents matériels se multiplient, et virent au drame. Tout ce que nous dénonçons et craignons depuis plusieurs années se réalise malheureusement, et il est grand temps d’agir bien plus efficacement ». Pour les espèces chassables comme le sanglier, la profession demande un accroissement de la pression de chasse dans les zones «noires», un interventionnisme fort de l’État sur les territoires non chassés (domaines privés et publics), un interventionnisme sur les zones boisées et les terrains agricoles, même en l’absence de récolte dès lors que les populations sont manifestement en déséquilibre, la mise en place d’un système de bonus/malus sur le montant du bracelet de prélèvement selon le taux de réalisation des prélèvements autorisés, une disponibilité immédiate des dispositifs de marquage en cas de réalisation des autorisations de prélèvement, un assouplissement des autorisations de chasse sur les parcelles agricoles limitrophes des zones boisées et un classement «nuisible» au lendemain de la fin de la période de chasse. Pour les espèces non chassables comme le blaireau, les représentants de la profession ont demandé le rétablissement des arrêtés préfectoraux de piégeage et de régulation par le tir, soulignant que le fait d’avoir interrompu ces régulations conduit au fait que les piégeurs «historiques» ne sont plus en capacité de remonter une cartographie précise des populations et des besoins de piégeage. Plusieurs de ces dispositions, notamment en sanglier, étant compatibles en l’état avec le Schéma Départemental de gestion cynégétique courant jusqu’en 2024.