À l’approche des grands chantiers d’arrachage, les irrigants de la Somme retrouvent davantage de souplesse. Depuis le 24 septembre, les restrictions horaires instaurées le 21 août sont levées. Pommes de terre, betteraves, carottes, endives et autres cultures prioritaires peuvent ainsi bénéficier des derniers apports hydriques nécessaires, tandis que les plafonds volumétriques restent en vigueur.
Après les épisodes de sécheresse intense que nous avons connus depuis début juin, la très faible pluviométrie qui en a découlé et les épisodes de canicule à répétition, l’ensemble des exploitants, qu’ils soient irrigants ou non, ont dû faire face à de véritables problématiques quant à la croissance et la pousse de leurs cultures.
C’est un changement qui intervient à un moment stratégique de la campagne agricole. Depuis ce 24 septembre, les restrictions horaires qui limitaient l’irrigation par rampe ou par canon entre 11 heures et 18 heures sont levées dans la Somme. Concrètement, les exploitants concernés peuvent désormais irriguer sans contrainte horaire sur la journée, dans deux cas précis : accompagner et optimiser les opérations d’arrachage et de récolte pour les cultures racines et tubercules, et le maintien hydrique nécessaire à la fin de cycle de plusieurs cultures précisées ci-dessous.
Faciliter l’arrachage des cultures racines et tubercules
Cette évolution répond en premier lieu à un enjeu très concret de terrain : l’état des sols au moment de l’arrachage : pour les cultures racines et tubercules, comme la pomme de terre ou la betterave, une humidité du sol adaptée facilite les opérations de récolte. Un sol trop sec complique l’arrachage, augmente les risques de dégradation des produits récoltés et rend les conditions de chantier plus difficiles. Le nouvel arrêté permet donc de rechercher une humectation optimale des sols, au moment où les chantiers d’arrachage prennent de l’ampleur dans le département. L’enjeu concerne notamment les producteurs de pommes de terre, de betteraves et, plus largement, les exploitations engagées dans les récoltes de cultures dont la partie commercialisée se situe dans le sol.
Des irrigations de fin de cycle pour plusieurs cultures prioritaires
La modification réglementaire ne concerne pas uniquement les opérations d’arrachage. L’arrêté autorise également l’irrigation ultime de fin de cycle des cultures dites prioritaires, lorsque le maintien d’un niveau hydrique suffisant est nécessaire à la maturation de la récolte. La liste comprend : l’arboriculture, les fruits rouges, asperges, endives, haricots, épinards, jeunes carottes, grosses carottes, pois de conserve, scorsonères, oignons, autres légumes, pomme de terre plant, pomme de terre conso, pomme de terre fécule et lin.
Une levée des horaires, pas une levée des volumes
Si l’évolution est importante pour les exploitants, elle ne signifie toutefois pas un retour à une irrigation totalement libre. La gestion volumétrique prévue par l’arrêté du 21 août reste pleinement applicable. Autrement dit, la principale modification porte sur le moment où l’eau peut être apportée, et non sur les volumes d’eau autorisés. Cette distinction est importante pour les irrigants : ils retrouvent une plus grande souplesse dans l’organisation de leurs tours d’eau et de leurs chantiers, mais doivent continuer à respecter les dispositions relatives aux volumes prévus par la réglementation.
Un assouplissement qui intervient en pleine période de récolte
Dans la Somme, le calendrier explique largement l’intérêt de cette évolution.
Fin septembre, les agriculteurs entrent dans une période particulièrement chargée pour les cultures à récolte automnale. Les pommes de terre, les betteraves et différentes productions légumières nécessitent des interventions qui peuvent être fortement dépendantes de l’état du sol. La possibilité d’irriguer en dehors de la plage précédemment autorisée donne ainsi davantage de latitude aux exploitants pour adapter leurs apports aux conditions de leurs parcelles et à l’organisation des chantiers de récolte. L’enjeu est notamment de pouvoir intervenir lorsque les conditions agronomiques le justifient, sans être contraint par une interruption quotidienne entre 11 heures et 18 heures.
Pour les agriculteurs concernés, la souplesse retrouvée est donc réelle, mais elle s’inscrit toujours dans le cadre de la gestion volumétrique définie précédemment.
Philibert Rousseau, juriste
