L’appel à la résistance de la présidente Françoise Crété

Retour Partager sur facebook Partager sur tweeter Imprimer l'article
Envoyer l'article par e-mail

Envoyer cet article par mail

Fermer

250 signes(s) restant(s)

 

* champs obligatoires

Premier du mois et première pour Françoise Crété. Ce mardi, la présidente de la FDSEA tenait sa 1re assemblée générale.

Après le «Indignez-vous !» d’un Stéphane Hessel, l’heure est à «Résistez !». C’est du moins le parti pris de la FDSEA de la Somme, parce qu’à l’instar de sa présidente, Françoise Crété, elle croit en l’avenir. «Je ne veux pas être à la tête d’un “syndicat de pleureuses”. J’en ai assez que notre environnement institutionnel et administratif nous englue dans sa lourdeur et nous fasse oublier les éléments fondamentaux sur le long terme et positifs sur le court terme», rappelle Françoise Crété, à la tribune.
Résister à la crise agricole, et notamment celle que traversent les filières d’élevage, résister à la tentation de tout laisser tomber faute de prise en compte suffisante de la situation par ceux qui nous gouvernent : tel est le cap.
Une résistance qui est passée en premier lieu, ce mardi-là, par une charge fournie contre le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, qualifié tour à tour d’«imposteur» et d’«illusionniste». Et la présidente de demander la démission de ce ministre qui a soit «un défaut de compétences directes, soit un défaut d’autorité sur la fameuse technostructure que personne ne connaît, mais que tout le monde dénonce».
Puis de s’en prendre aux parlementaires, toujours prompts à dire leur compréhension de la situation, mais n’ayant pas bougé le petit doigt pour défendre des lois permettant de redonner de la compétitivité à l’agriculture et de l’attrait aux territoires ruraux. «Les parlementaires portent une responsabilité collective dans l’inertie des choses». Et de les inviter à se focaliser sur les résultats et non sur les moyens. Mais, pour ce faire, il faut que la confiance soit restaurée, ce que n’engage pas à faire les contrôles incessants, les normes et les complications multiples et variées. Face à cette invasion, la résistance est de mise. Comment ? En se faisant entendre sur le terrain par des manifestations de masse, en mobilisant des ressources d’ingénierie et de droit pour faire valoir leurs positions, en développant la communication à destination du citoyen et consommateur.

Des raisons d’espérer et de fédérer
Les raisons d’espérer ne manquent pas, ne serait-ce que parce que, sur le long terme, «le besoin en denrées agricoles reste en croissance régulière pour une durée au moins égale à une carrière d’agriculteur», rappelle la présidente du syndicat. Autres facteurs d’espérance : des taux d’intérêt faibles, le PCAE au niveau régional, la révolution technologique ne pouvant qu’améliorer leurs conditions de travail et leurs performances agronomiques et environnementales, le second pilier…
Des raisons d’espérer, le syndicat veut aussi en fournir aux agriculteurs par les revendications et actions qu’il mène. «Sur les doublons, et plus encore maintenant sur les SNA, la DDTM peut gérer une bonne partie du travail sans perte pour les agriculteurs», revendique la présidente. Parmi les résistances qui ont conduit à des succès, il y a les zones vulnérables, dont l’arrêté a été cassé, suite au recours de la FDSEA.
Aussi pour que les rangs de la résistance s’étoffent et que les combats soient plus facilement couronnés de succès, Françoise Crété insiste sur la «nécessaire cohésion entre nous» et l’union tant avec ses troupes, qu’avec les organisations professionnelles agricoles. «Fédérer, c’est avoir des projets, et on ne pourra pas fédérer si les projets des uns et des autres portent sur leurs propres boutiques plutôt que sur les agriculteurs», conclut-elle.

Verbatim

«Il y a un an, Laurent fustigeait les dossiers Pac 2015, qui n’en finissaient pas. Qui aurait pu imaginer qu’à l’assemblée générale 2016, le dossier serait toujours au même point. Monsieur le directeur de la DDTM, vous ne me contredirez pas, je pense. D’un point de vue admnistratif, en mars 2016, les dossiers Pac 2015 en sont au stade d’un mois de juin d’une année normale.»

«En vingt ans, notre profession a subi deux épisodes calamiteux : la vache folle et Le Foll. Au début de mon mandat, j’ai publiquement demandé qu’il choisisse entre porte-parole du gouvernement et ministre de l’Agriculture. Depuis quelques mois, je l’assume, je demande sa démission. Comme toute herbe folle, elle a du mal à disparaître du paysage. Ce n’est pas un ministre de l’Agriculture que nous avons, mais un illusionniste !»
«Soit on nous laisse des charges, et il faut réguler le marché et protéger le producteur, soit on nous envoie au casse-pipe de la mondialisation, et là, il faut faire sauter toutes les charges.»

 

Résister à des forces contraires

Après le rapport moral de la présidente, suivait un débat ayant pour thème le fait de résister.

Tableronde

De gauche à droite, Bernard et Sabine Godard, journalistes indépendants, François Magnier, directeur de la FDSEA et animateur de la table ronde, et Claude Soudé, directeur adjoint de la Fop.

Résister dans un milieu hostile implique la résistance d’un coureur de fond, le mental d’un ascète et une foi inébranlable à la vie. Une fois cela dit, force est de constater que les agriculteurs évoluent dans un environnement hostile à tous les niveaux : une surexposition au regard des citoyens, une méconnaissance de ces derniers sur les pratiques agricoles, des contrôles incessants de la part de l’Etat, des normes et des charges qui remettent en péril leur activité régulièrement, l’Europe, la variable d’ajustement quand les cours des mar­chés s’effondrent… La liste est loin d’être exhaustive, mais elle pourrait s’apparenter à une liste à la Prévert si l’on continue.
Entre une «société qui n’a pas les clés pour comprendre ce qui se passe dans le monde agricole», dixit Bernard Godard, journaliste, et une Europe qui se demande «comment on produit aujourd’hui et comment on justifie le soutien à l’agriculture (le budget consacré à l’agriculture représente 40 % du budget européen, ndlr)», ajoute de son côté Claude Soudé, directeur général de la Fop, c’est l’écartèlement permanent, et tout cela sur la place publique. De ce Golgotha, il est pourtant possible d’en descendre pour retrouver le chemin de la vie et celui de la confiance.

Se prendre en main
Faire disparaître toutes les tensions est juste illusoire, selon Claude Soudé, «dans la mesure où l’activité agricole est liée aux conditions climatiques, ce qui a une influence sur les prix, mais cela ne se voit plus, car on va chercher les produits qui manquent ailleurs».
Mais sans pour autant être dans l’offensive permanente, l’heure est venue de se prendre en main et de se faire entendre. «La révolution numérique est là pour tout le monde. Rien ne vous empêche de vous emparer de ses outils pour assurer votre propre communication», relève Sabine Godard, journaliste. «Pour avancer, il faut impérativement se faire comprendre à l’échelle locale, régionale, nationale et européenne. Il faut aussi réfléchir à la façon dont on s’assure contre un coup dur, individuellement, mais aussi collectivement, et, surtout, comment on se prend en main», ajoute Claude Soudé. Résister commence donc par expliquer, construire à son niveau et au collectif, et ne pas tout attendre des autres. Le chemin est tracé.

Toutes les émissions dans la médiathèque