Après-quota : la filière betterave sucre cherche sa voie

Retour Partager sur facebook Partager sur tweeter Imprimer l'article
Envoyer l'article par e-mail

Envoyer cet article par mail

Fermer

250 signes(s) restant(s)

 

* champs obligatoires

L’association syndicale betteravière de la Somme (ASBS) a organisé son assemblée générale le 26 mai dernier, à Amiens. En toile de fond, le rôle du syndicat dans la nouvelle configuration de la filière.

Personne ne peut échapper à la zone de turbulences que traverse la filière betterave sucre. Entre des planteurs qui nagent en pleine incertitude sur la définition du prix de la betterave, des fabricants de sucre qui cherchent à augmenter les surfaces d’emblavement, quitte à se marcher sur les pieds, et un syndicat qui a failli perdre sa place à la table des négociations, la zone de turbulences est toujours là. Mais le syndicalisme betteravier, par la voix de son président national, Eric Lainé, se veut positif, appelant chacun à «transformer la contrainte en opportunité». Ne reste plus, comme au rugby, à transformer l’essai. Sauf que pour y parvenir, il faut une équipe soudée, du planteur au fabricant, en passant par le syndicat.
Les derniers événements, soit le bras de fer engagé avec Saint Louis Sucre, ont rappelé que les rangs pouvaient être divisés. La voix de la raison ayant fini par triompher, tous ont fini par trouver un nouvel accord sur le prix de la betterave corrélé au prix du sucre, un accord satisfaisant tout le monde. L’effort consenti par le groupe a d’ailleurs été salué par le président de l’ASBS, Dominique Fiévez, lors de l’assemblée générale du syndicat, le 26 mai dernier, à Amiens.

Comment garantir le revenu des planteurs
Pour éviter d’aborder les sujets qui fâchent, plutôt que de détailler les négociations difficiles autour de l’accord interprofessionnel national en cours, le syndicat a préféré jouer la méthode Coué en évoquant comment garder une «filière d’excellence et durable», pour reprendre l’expression du directeur de la CGB, Alain Jeanroy. Premier poste pour garder un prix décent défendu par le syndicat (soit 25,5 €/T, le coût de production moyen) : diminuer les coûts de production.
Comment ? En choisissant bien sa variété, en travaillant sur la densité des semis (1,1 unité), en gérant la fertilisation azotée, en évitant de traiter systématiquement, et en faisant un arrachage sur des périodes plus longues. «En travaillant sur tous ces postes, expliquait le directeur de l’ASBS, Etienne Lenaerts, les économies peuvent aller de 80 à 250 € par hectare.» «La liste n’est pas exhaustive, ajoutait Dominique Fiévez. Il va falloir bien regarder ses itinéraires culturaux. On n’aura plus droit à l’erreur.» D’autant qu’il faudra produire plus de betteraves. Le programme Aker, dont l’objectif est de doubler le rendement, devrait y aider.
Un autre point touche aux tonnages livrés. Après avoir rappelé l’important travail de gestion et de contrôle des réceptions des betteraves assuré par le syndicat pour faire en sorte que toutes celles livrées soient payées, Etienne Lenaerts soulevait le problème du lavage des échantillons, défendant son automatisation. Face au refus des fabricants, l’affaire a été portée devant le Conseil constitutionnel, mais ce dernier a débouté le syndicat. Néanmoins, dans l’accord interprofessionnel en cours de négociation, la CGB ne lâche pas l’affaire. Mais le nœud gordien dans la garantie du revenu des planteurs reste, bien sûr, le prix de la betterave.
La CGB souhaite la transparence du marché et une corrélation entre le prix de la betterave et celui du sucre, comme l’a proposé Saint Louis Sucre dans son contrat. Avec la recherche de nouveaux marchés, pourquoi pas vers l’Ouest africain, proposait Timothée Masson, expert de ces questions à la CGB. La diversification et le développement des débouchés est aussi au cœur des réflexions, et ce, dans tous les domaines de l’énergie avec les biocarburants, mais aussi les bioplastiques, le caoutchouc biosourcé, pour ne citer que quelques exemples.
«Nous devons nous remettre en cause, concluait Eric Lainé, en faisant notamment la chasse au gaspillage.» Reste qu’une nouvelle interprofession est à construire, puisque toute la production sera désormais contractualisée. Et le président de la CGB de rappeler qu’aucun contrat ne peut être signé en l’absence d’accord interprofessionnel. En dépit des dernières turbulences traversées, le syndicat compte bien jouer son rôle dans la partie et dénoncer ce qui ne va pas, comme le refus des fabricants de négocier une adaptation de la réglementation sur le lavage ou la question de la pulpe, souhaitant à ce sujet que le droit à leur restitution aux planteurs soit maintenu. Le chemin est encore long.

 

INTERVIEW

Eric Lainé, président de la CGB
«Les positions ont besoin d’être rapprochées»

Où en êtes-vous de l’accord interprofessionnel ?
Nous avançons plutôt bien sur les questions de réception et de livraison des betteraves avec le SNFS et Tereos. Les discussions vont bon train, mais il y a trop de sujets à caution pour en dire plus actuellement. Les positions ont besoin d’être rapprochées, par exemple sur la pulpe, la réglementation sur le lavage ou sur la méthode de mesure de la richesse en sucre des échantillons de betteraves. La certitude que nous avons cependant aujourd’hui, c’est que ce sera un accord national. Mais les coopératives ne doivent pas oublier qu’elles ne sont pas à elles seules la représentation de toute une profession.
Quant à l’acte délégué, il devrait sortir sous peu et nous pourrons alors discuter des prix avec les organismes privés. L’idée est d’aboutir d’ici fin juillet. La procédure devrait être accélérée, car le Parlement européen a déjà donné son accord.

Vous avez évoqué la nécessité pour la CGB de réajuster sa position.
On a un contexte, il est ce qu’il est. Nous ne pouvons plus avoir une négociation collective nationale sur les prix, mais une négociation entreprise par entreprise. Il faut donc que l’on s’adapte à ce nouveau mode de négociation. Ce que nous cherchons à faire, c’est construire avec les fabricants. Nous allons devoir nous développer. Et c’est dans cet esprit-là que nous devons avancer dans les négociations.

Pour ce qui est de la fixation des prix, vous vous battez par le partage de la valeur. C’est-à-dire ?
Pour nous, le partage de la valeur signifie le partage équilibré des risques. Chacun doit prendre sa part de risques, cela passe donc par un prix équitable pour tous. Nous avons milité pour un prix de la betterave à 25,5 €/T, soit le coût moyen de la production de betterave. On ne peut pas passer en dessous. Celui-ci a été repris par les fabricants, pulpes incluses, ce que nous ne partageons pas et nous saurons le dire.

 

Alain Jeanroy, directeur de la CGB
«Nous sommes les gardiens du temple»

Comment la CGB redéfinit son rôle d’arbitre au sein de la filière avec ce contexte de post-quota ?
Nous n’avons pas besoin de redéfinir ce rôle. C’est une constante pour nous. Notre mission est, et reste, de veiller aux revenus des planteurs. L’utilité de la CGB ne change donc pas, elle va même s’amplifier, car il va falloir plus d’informations. Par ailleurs, nous sommes une organisation de planteurs reconnue.
Notre idée est d’avoir un accord interprofessionnel national le plus abouti possible, allant au-delà des seuls points obligatoires contenus dans l’OCM unique, assorti d’un contrat type. Mais, en raison de l’aprèsquota, avec la suppression du prix minimum de la betterave au 1er octobre 2017, son contenu s’arrête de fait quand on commencera à parler du prix de la betterave. C’est là que la donne a changé.

Sur le terrain, la concurrence est rude entre les groupes pour avoir plus de surfaces de betteraves. Ne craignezvous pas que cela laisse des traces ?
Ce qui arrive aujourd’hui est complètement lié à la libéralisation du prix de la betterave. Ce monde concurrentiel passe par une activation sur le terrain des uns et des autres pour gagner des surfaces. Mais une fois cette année passée, les choses vont se stabiliser. Dans tous les cas, je ne pense pas que ce contexte actuel de forte concurrence entre les sucriers laissera des traces. La raison l’emportera, car la question reste que tout le monde puisse vivre de cette filière, et le mieux possible.

Comment la CGB peut-elle calmer le jeu et participer au retour d’un environnement plus serein ?
Notre rôle est de bâtir dans ce nouvel environnement et de continuer à faire de cette filière une filière d’excellence et durable. Nous sommes les gardiens du temple. La filière doit trouver un mode de fonctionnement différent dans un cadre qui a changé, c’est tout.

Toutes les émissions dans la médiathèque